Le câble qui relie le tableau à la borne IRVE n'est jamais celui à négliger : c'est le maillon qui détermine la puissance réellement disponible, l'échauffement de l'installation et — quand il est sous-dimensionné — le déclenchement intempestif du disjoncteur. Pour une borne 7,4 kW monophasée, on part sur du 6 mm² cuivre. Pour 22 kW triphasé, on passe au 6 mm² triphasé jusqu'à 25 m puis 10 mm² au-delà. Voici la méthode complète.

Les quatre configurations IRVE résidentielles

La norme NF C 15-100 article 7.722 (amendement 5) encadre toute installation IRVE — Infrastructure de Recharge pour Véhicule Électrique. Quatre puissances couvrent l'essentiel du marché résidentiel et tertiaire léger :

PuissanceTension / phasesIntensitéSection cuivre conseilléeSection au-delà de 25 m
3,7 kW230 V mono16 A2,5 mm²4 mm²
7,4 kW230 V mono32 A6 mm²10 mm²
11 kW400 V tri16 A2,5 mm² tri + neutre4 mm² tri + neutre
22 kW400 V tri32 A6 mm² tri + neutre10 mm² tri + neutre

Ces sections supposent une pose en gaine ICTA encastrée ou apparente jusqu'à la borne (méthode B1 de la NF C 15-100). En pose enterrée sous tube TPC, ajouter une section pour absorber la baisse de capacité d'évacuation thermique du sol.

Pourquoi le 6 mm² plutôt que le 4 mm² sur du 32 A ?

Le tableau classique NF C 15-100 autorise un disjoncteur 25 A sur 4 mm² cuivre, et un 32 A sur 6 mm². Mais l'IRVE impose un courant continu pendant des heures — typiquement 6 à 8 heures pour une charge complète à 7 kW. Cet usage permanent change tout.

L'Union Technique de l'Électricité (UTE) recommande dans le guide UTE C 15-722 d'utiliser une section calculée pour la pleine charge continue, avec une chute de tension limitée à 3 % pour préserver la puissance utile en bout de ligne. Sur un 4 mm² cuivre transportant 32 A sur 20 mètres, on est déjà à 2,3 % — la marge est trop fine.

Notre bureau technique a tiré plusieurs centaines de lignes IRVE depuis Paris : nous standardisons sur du U1000 R2V 3G6 mm² pour toute borne 7 kW monophasée, sans exception sous 25 m de tirage.

Schéma type d'une installation IRVE 7,4 kW

Du tableau jusqu'à la borne, l'ordre est strict :

  1. Disjoncteur différentiel 30 mA type F ou type B (obligatoire pour détection courant continu résiduel, sauf si la borne intègre déjà un dispositif équivalent).
  2. Disjoncteur de protection calibré à 32 A pour 7,4 kW.
  3. Câble U1000 R2V 3G6 en gaine ICTA ou directement en cheminement protégé.
  4. Boîte de raccordement IP55 ou directement la borne murale.
  5. Conducteur de terre dédié (PE), pas de mutualisation avec d'autres circuits.

Pour une recharge occasionnelle sur prise renforcée, la prise Legrand Green'UP reste une bonne option à 3,2 kW maximum, sur câble 2,5 mm² dédié — mais ce n'est pas une borne IRVE au sens du décret.

Câble de raccordement borne ↔ véhicule (mode 3)

Attention à ne pas confondre :

  • Le câble d'alimentation tableau → borne : dimensionné selon le tableau ci-dessus, généralement R2V.
  • Le câble de charge borne → véhicule : c'est un câble Type 2 Mode 3 spécifique, équipé de connecteurs IEC 62196. Il transporte aussi les signaux de pilotage CP et PP entre la borne et le véhicule.

Un câble Type 2 standard monophasé 32 A fait 5 mètres et pèse environ 2,5 kg. Pour le triphasé 22 kW, le câble passe à 6 conducteurs (3 phases + neutre + terre + signaux) et son poids double quasiment.

Triphasé 11 kW ou 22 kW : la nuance qui change tout

Beaucoup de propriétaires hésitent entre 7,4 kW mono et 11 kW tri. Le calcul économique est clair :

  • 7,4 kW mono : abonnement 12 kVA ou 15 kVA, câble 6 mm² 3 conducteurs, gestion charge dynamique souvent inutile.
  • 11 kW tri : abonnement 12 kVA tri minimum, câble 2,5 mm² 5 conducteurs, charge plus rapide mais nécessite véhicule chargeur AC triphasé (Tesla, Renault Mégane E-Tech, etc.).
  • 22 kW tri : réservé aux véhicules avec chargeur AC 22 kW (rares en 2026, à part Renault Zoé et quelques modèles haut de gamme). Câble 6 mm² 5 conducteurs, abonnement 24 kVA tri.

La majorité des véhicules électriques 2026 plafonnent le chargeur AC embarqué à 11 kW. Investir dans une borne 22 kW + le câble qui va avec n'a de sens que si le véhicule sait l'absorber. Notre bureau conseille de partir sur du 11 kW pour 95 % des cas résidentiels.

Pose enterrée vers un garage isolé

Un cas fréquent en pavillon : le tableau est dans la maison, le garage ou l'abri voiture est à 30 mètres. La traversée se fait obligatoirement en enterré sous TPC rouge, à 60 cm de profondeur minimum (NF C 15-100 article 529.2 et NF P 98-332).

Pour cette pose, deux options :

  • R2V dans TPC : solution standard. Section à majorer d'un cran à cause du facteur de pose D (sol) : 10 mm² au lieu de 6 mm² pour 7,4 kW à 30 m.
  • RVFV armé : câble armé qui peut être enterré sans tube de protection. Plus cher mais idéal en passage de gravier ou zone potentiellement remuée.

Dans les deux cas, le grillage avertisseur rouge à 20 cm au-dessus du câble reste obligatoire. Voir notre article dédié câble enterré profondeur NF C 15-100.

Protections obligatoires depuis l'amendement 5

L'amendement 5 de la NF C 15-100 (paru en juin 2018, en vigueur depuis 2019) impose pour toute installation IRVE :

  • Un dispositif différentiel 30 mA type A minimum, type F ou B selon la borne.
  • Une détection de courant continu résiduel ≥ 6 mA (peut être intégrée à la borne).
  • Un parafoudre si l'installation est en zone d'exposition foudre AQ2.
  • Un contacteur de délestage recommandé sur abonnement 12 kVA pour éviter le dépassement de puissance contractuelle.
  • Un électricien IRVE qualifié obligatoire pour toute installation supérieure à 3,7 kW (mention IRVE niveau 1, 2 ou 3 selon la puissance).

Le Consuel vérifie ces points lors de la mise en service. Une borne installée sans ces protections n'obtient pas l'attestation et reste hors-la-loi vis-à-vis de l'assurance habitation.

Coût matière typique pour une IRVE 7,4 kW à 15 mètres

Sur la base de nos prix moncâble en mai 2026, hors main d'œuvre :

  • 15 m de R2V 3G6 : environ 90 €
  • 15 m de gaine ICTA Ø25 : environ 22 €
  • Disjoncteur différentiel 30 mA type F + disjoncteur 32 A : 130 à 180 €
  • Borne 7,4 kW résidentielle qualifiée : 600 à 1 200 €
  • Câble Type 2 Mode 3 (5 m) : 180 à 350 €

Soit environ 1 100 à 1 800 € de matériel pour une installation propre. Le crédit d'impôt 75 % plafonné à 500 € (CITE / MaPrimeRénov'selon profil) couvre une partie de l'investissement pour les particuliers, sous réserve d'installation par électricien IRVE qualifié.

Notre conseil pour anticiper la décennie

Si vous installez une borne aujourd'hui dans une maison qui n'a pas encore besoin de charger deux véhicules, prévoyez d'emblée :

  • Un câble dimensionné pour la borne supérieure (10 mm² même si 6 mm² suffirait pour 7,4 kW).
  • Une gaine ICTA Ø32 plutôt que Ø25, pour pouvoir glisser un deuxième câble plus tard.
  • Un emplacement TGBT laissant deux modules libres minimum.

Le surcoût d'anticipation tourne autour de 80 à 120 €. C'est dérisoire comparé au coût d'un re-tirage complet trois ans plus tard. Pour valider le bon câblage de votre projet IRVE, utilisez notre calculateur en ligne ou demandez un dimensionnement écrit via le formulaire de devis — nous répondons sous 4 h ouvrées avec la quantité exacte au mètre.