Le passage du Cat5e au Cat6 est aujourd'hui acquis sur la plupart des chantiers neufs. Le vrai débat se joue entre Cat6, Cat6A et Cat7 — trois catégories qui se ressemblent dans les fiches techniques mais qui ne couvrent pas du tout les mêmes usages. Voici les différences réelles, les performances mesurées et nos recommandations selon le contexte du chantier.

Le tableau qui résume tout

CatégorieBande passanteDébit utileDistance maxBlindage standardConnectique
Cat5e100 MHz1 Gbit/s100 mU/UTP (non blindé)RJ45
Cat6250 MHz1 Gbit/s (10 Gbit/s sur 55 m)100 mU/UTP ou F/UTPRJ45
Cat6A500 MHz10 Gbit/s100 mF/UTP, U/FTP ou S/FTPRJ45
Cat7600 MHz10 Gbit/s (40 Gbit/s sur 50 m)100 mS/FTP obligatoireGG45 ou TERA
Cat7A1000 MHz10 Gbit/s (100 Gbit/s sur 15 m)100 mS/FTPGG45 ou TERA

Trois informations cruciales se cachent dans ce tableau : la bande passante (capacité physique du câble), le débit utile (ce que les équipements savent transporter dessus), et la distance maximale à laquelle le débit reste garanti.

Cat6 : le standard résidentiel et petit tertiaire

Le Cat6 reste la norme dominante sur les chantiers résidentiels neufs et les petites entreprises jusqu'à 50 postes. Il offre 1 Gbit/s en toute fiabilité sur 100 mètres, et même 10 Gbit/s sur de courtes distances (jusqu'à 55 mètres en pratique).

Le câble Ethernet Cat6 moncâble est un U/UTP — paires torsadées non blindées — qui couvre 95 % des besoins domestiques : box Internet, NAS, caméras IP, switchs administrables 1 Gbit/s. Son rapport qualité/prix reste imbattable, et sa connectique RJ45 standard se sertit avec n'importe quel outil.

Notre bureau technique recommande le Cat6 sur les projets où :

  • Le besoin actuel et prévisionnel reste sous 1 Gbit/s par poste.
  • Les distances sont inférieures à 90 mètres.
  • L'environnement n'est pas perturbé électromagnétiquement (pas de variateurs de fréquence, pas de gros moteurs à proximité).
  • Le budget compte (le Cat6 coûte 30 à 40 % moins cher que le Cat6A).

Cat6A : le bon choix pour le tertiaire et la maison de demain

Le Cat6A — le « A » signifie Augmented — pousse la bande passante à 500 MHz et garantit le 10GBASE-T sur 100 mètres complets. C'est la catégorie minimale recommandée pour les bâtiments tertiaires neufs depuis la norme EN 50173-1:2018 sur le câblage générique.

Trois caractéristiques le différencient du Cat6 :

  • Un blindage F/UTP ou U/FTP qui réduit drastiquement la diaphonie distante (FEXT) et l'ALIEN crosstalk — phénomène où des câbles parallèles se polluent mutuellement à haute fréquence.
  • Une séparation physique des paires par un séparateur central en croix.
  • Un diamètre extérieur plus important (7 à 8 mm contre 5,5 à 6 mm pour le Cat6), ce qui limite le nombre de câbles dans une même goulotte.

Le Cat6A est obligatoire dans plusieurs contextes :

  • Salles informatiques et data centers (10 Gbit/s sur cuivre devient la norme).
  • Câblage horizontal de bâtiments tertiaires neufs (étoile, du switch d'étage au poste de travail).
  • Installations PoE++ (jusqu'à 90 W par port selon IEEE 802.3bt) — le blindage évite l'échauffement excessif.
  • Locaux à forte densité radioélectrique (antennes, médical, industriel léger).

Cat7 : un cas particulier qu'on installe rarement

Le Cat7 a été normalisé par l'ISO/IEC 11801 mais n'a jamais été ratifié par TIA/EIA, ce qui en fait un standard incomplet aux États-Unis et chez de nombreux équipementiers. Conséquence concrète : la connectique RJ45 standard ne respecte pas la classe F. Pour exploiter pleinement un Cat7, il faut utiliser des connecteurs GG45 (Nexans) ou TERA (Siemon) — qui ne sont compatibles RJ45 qu'en mode dégradé.

Dans la pratique, on voit du « câble Cat7 » vendu avec embouts RJ45 partout sur Amazon et chez les revendeurs grand public. Ces produits transportent un câble de qualité Cat7 (S/FTP, 600 MHz) mais sont câblés en RJ45 — donc fonctionnellement, ils restent du Cat6A.

Notre position est claire : si vous avez besoin de plus que du Cat6A en performances réelles, passez directement à la fibre optique OM4 ou OS2. C'est moins cher, moins encombrant, et radicalement plus pérenne. Le Cat7 n'a de sens que dans quelques contextes industriels (mesure scientifique haute fréquence, instrumentation) où la connectique TERA est imposée par le fabricant.

Le blindage en détail : U, F, S et combinaisons

La notation X/YTP suit cette logique :

  • X : blindage global du câble. U = aucun, F = feuille aluminium, S = tresse, SF = feuille + tresse.
  • Y : blindage individuel de chaque paire. U = aucun, F = feuille aluminium.
  • TP : Twisted Pair (paire torsadée).

Ce qui donne : U/UTP (aucun blindage), F/UTP (feuille globale seulement), U/FTP (feuille par paire), F/FTP (les deux), S/FTP (tresse + feuille par paire — le top).

Un Cat6 U/UTP est suffisant chez soi. Un Cat6A en S/FTP devient utile en environnement perturbé. Le S/FTP réduit l'ALIEN crosstalk de 15 à 20 dB par rapport à un U/UTP — différence qui compte dans une armoire dense où trente câbles cheminent en parallèle.

Et le PoE dans tout ça ?

Le Power over Ethernet a évolué :

  • PoE (802.3af) : 15,4 W, compatible Cat5e et au-delà.
  • PoE+ (802.3at) : 30 W, compatible Cat5e et au-delà.
  • PoE++ ou 4PPoE (802.3bt) : 60 W (type 3) ou 90 W (type 4), Cat6A blindé recommandé.

À 90 W sur un même câble, l'échauffement devient mesurable : un faisceau de 24 câbles tirant 90 W chacun peut monter de 10 à 15°C au cœur du chemin de câbles. La norme TIA TSB-184-A impose des chemins ouverts ou une dérating au-delà de certaines densités. Le blindage du Cat6A aide à dissiper la chaleur.

Notre matrice de décision

Cas d'usageRecommandation
Maison neuve, 4-8 prises RJ45Cat6 U/UTP
Maison avec gaming + 4K + télétravail intensifCat6A U/FTP
Petit bureau (≤ 20 postes), pas de 10G prévuCat6 F/UTP
Bâtiment tertiaire neufCat6A F/UTP minimum
Caméras IP PoE+ (30 W max)Cat6 F/UTP
Bornes Wi-Fi 6E ou 7 (PoE++)Cat6A S/FTP
Data center, baies serveursCat6A S/FTP ou fibre OM4
Liaison inter-bâtiments > 100 mFibre optique (jamais cuivre)

Erreurs récurrentes à éviter

  • Mixer Cat6A et connectique Cat6 : la chaîne entière (câble + cordon + prise murale + patch panel) doit être au moins de la catégorie visée. Une seule prise Cat6 dégrade tout en Cat6.
  • Détordre les paires : lors du sertissage, ne pas détorser plus de 13 mm de paire pour le Cat6, 8 mm pour le Cat6A. Au-delà, la diaphonie explose et le câble ne passe plus en test certifié.
  • Tirer trop fort : la traction maximale d'un Cat6A est de 110 N (environ 11 kg). Au-delà, on déforme la géométrie des paires et la bande passante s'effondre.
  • Plier serré : rayon de courbure minimum = 8 fois le diamètre extérieur du câble. Pour un Cat6A de 7,5 mm, cela fait 6 cm de rayon mini.
  • Confondre Cat7 RJ45 et Cat7 vrai : voir plus haut.

Test et certification du câblage

Sur un chantier tertiaire sérieux, le câblage est certifié au testeur Fluke DSX ou équivalent, paire par paire : NEXT, ELFEXT, atténuation, perte de retour, longueur électrique, propagation. Le rapport PDF est remis avec le DOE.

Pour un projet résidentiel, un simple testeur de continuité (à 30 € en GSB) suffit à vérifier qu'aucune paire n'est inversée. Mais il ne mesure pas les performances : un câble mal serti peut passer la continuité et ne tenir que 100 Mbit/s.

Pour vos prochains chantiers Ethernet, nous expédions le Cat6 au mètre depuis Paris J+1 et conseillons sur le choix Cat6A / fibre selon votre besoin : prenez contact via le formulaire de devis avec votre plan d'implantation, et notre bureau technique revient avec une préconisation chiffrée et la longueur exacte au mètre.